N'est plus une scientifique - si tentée qu'elle en ait été une un jour - bref. La néophyte scientifique qu'elle a pu être ne l'est plus mais se rappelle de longueurs d'onde et autres entités physiques qui lui échappaient souvent. A vrai dire elle se souvient surtout de ces longueurs d'onde (et, en effet, elle palabre encore de façon oiseuse et surtout inutile en parsemant son petit discours saugrenu de détails pour le moins accessoires relatifs à un contexte finalement insignifiant). Elle se souvient donc de ces longueurs d'onde. Et, là, tout de suite, elle trouve juste qu'elle n'a plus personne sur la sienne. Mais ne sait pas vraiment ce que ça veut dire. Sait pertinemment qu'on est pas tous placés sur une petite ligne et amis avec les gens de ce tracé imaginaire. Se demande juste si on a le droit de passer d'une ligne à l'autre de temps en temps. Sait ce qu'elle veut. Ne veut pas qu'on croit qu'elle est indécise ou qu'elle doute de ses sentiments pour ceux qu'elle considère comme ses amis. Se demande juste si c'est possible d'envisager qu'ils comprennent qu'on change de ligne de temps en temps. Juste qu'on ne soit plus sur la même longueur d'onde. Juste parce qu'on a pas de mec. Juste parce qu'on a pas envie d'en avoir. Ou juste parce qu'on a envie de profiter. De courir sur la plage en débattant seul sur des sujets totalement abstraits. D'entendre les autres nous dire de nous taire mais juste être insouciant. De temps en temps. Se dit que finalement ses amis sont peut-être sur une autre de ces lignes. Ou peut-être qu'il en ont changé en cours de route sans qu'elle ne s'en aperçoive. Et se dit aussi que, somme toute, elle n'a pas très envie de se poser toutes ces questions indéfiniment. En fait, elle a surtout envie de profiter. De parler assise par terre sur une terrasse entourée de chaises de sujets embarrassant avec une personne qu'elle connaît à peine. De manger du jambon en cachette. De rire. De passer des soirées inoubliables avec des gens dont elle n'a connu le nom que peu de temps avant. De comater sur cette même terrasse un matin ensoleillé, toujours chaussettes Hello Kitty aux pieds. Et de recevoir en retour ce plein d'énergie.
Alors emmerde pour le moins les gens qui ne la comprennent pas. Et s'il le faut passera le plus clair de son temps avec les gens qui, même s'ils ne sont pas sur la même ligne qu'elle, ne lui en tiennent pas rigueur. Juste parce qu'eux non plus ne sont pas pressés de grandir. Juste parce qu'eux aussi ont très envie de profiter. De tout. De ces moments. Et parce que si elle ne profite pas elle sera comme un évier sans bouchon, et tous les bons moments qu'elle perdra tomberont aux égouts. Et s'excuse de cette métaphore pourrie, mais regarde un peu trop Grey's Anatomy, et s'inspire beaucoup trop des répliques de Meredith, qui, soit dit en passant, est un peu comme elle : ne sait jamais ce qu'elle veut.
Sauf – parce qu'il y a un 'sauf ' – P R O F I T E R.
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